• io+fsm article chico

last modified February 16, 2012 by facilitfsm

page initiale

Sommaire

De nouvelles perspectives dans le processus du FSM?. 1

Comment continuer?. 2

Comment?. 4

De la place centrale à la guérilla civique. 5

Université Ouverte. 5

Le défi de la communication. 7

Une dernière provocation. 7

 

 

De nouvelles perspectives dans le processus du FSM?

Chico Whitaker, Janvier 2012

L '«avenir du FSM" - moins de ses événements et plus des processus nés de lui - est un thème récurrent dans les Forums sociaux mondiaux. Depuis  2004, dans toutes leurs éditions, il y a au moins un atelier pour en débattre. le FSM semble plus malingre  à mesure que le temps passe, les organisateurs sont fatigués, le nombre de participants dans les événements mondiaux et les réunions du Conseil international diminue, l'intérêt des grandes organisations et mouvements diminue.

Mais le FSM est vivant. Des événements régionaux peuvent s’être vidés, comme le forum social  européen et celui des Amériques, mais ailleurs, le processus se renforce, comme  aux États-Unis, ou s’étend, comme au Maghreb, à partir duquel tout le monde arabe est atteint. Nous avons également vu, lors de la réunion du Conseil international de Dakar, comme les Forums sociaux thématiques ont été multipliés. Et un des plus récentes expressions de cette vitalité est la grande manifestation que le Forum Social Catalan promeut à Barcelone en Janvier de cette année, aux mêmes dates que le  Forum économique mondial de Davos et pour s'y opposer. Cet événement marque une nouvelle fois le désaccord de notre processus aux diktats de ce Forum, renforçant la dynamique inaugurée en Janvier 2001: le premier Forum social mondial a émergé pour montrer qu'il y a une alternative à la domination de la logique du marché, discutée par les «maîtres du monde» à Davos.

Significative de cette vitalité, est aussi la dimension qu’a acquise le Forum Social Thématique de Porto Alegre en Janvier 2012 dans la préparation de Rio + 20. Alors qu’il n’est qu’un forum local, de la Grande Porto Alegre, il a attiré plus de 600 activités auto-organisées, avec des participants de partout dans le monde. Et au moment où j'écris ce texte, il n'est pas encore possible de savoir combien de personnes se rassembleront là, mais ce sera sûrement un nombre comparable à celui que le Forum social mondial attire.

Nos événements nous ont  également permis de progresser beaucoup dans la création de conditions pour surmonter bon nombre des séparations qui nous divisent et nous affaiblissent. Beaucoup de préjugés dans la relation entre les mouvements et entre les organisations ont été surmontés. Beaucoup de réseaux ont été créés dans différents domaines et situations. Plusieurs de ces réseaux ont une dimension planétaire. L’union, cruciale mais difficile, entre ceux qui se battent pour les mêmes causes, a commencé à être construite dans divers secteurs.

D’autres objectifs du FSM sont également en cours de réalisation, quoiqu’encore bien loin d'être pleinement atteints. Tel est le cas de la diffusion de son message d'espoir - «un autre monde est possible" - à tous les coins de la planète. La même chose s'applique à la construction d'une nouvelle culture politique, fondée sur l'apprentissage mutuel, dans la réflexion collective, sur le respect de la diversité, sur l'horizontalité des réseaux, dans lesquels  est stimulée la coopération et non la concurrence entre ses participants, avec des décisions prises par consensus et non par votes, qui frustrent ou excluent les minorités.

En fait, ce but ambitieux de nous rééduquer nous-mêmes est un processus extrêmement long. Il  exige l'abandon des pratiques moulées pendant plus d'une centaine d'années d'action politique verticale, au sein de la gauche qui prône le changement, mais accepte l'autoritarisme, la violence, le principe que la fin justifie les moyens, l'instrumentalisation des autres pour le bénéfice de ses propres objectifs. C'est pourquoi il y a des forums dans le processus du FSM qui ont encore des «coordinateurs» - quand ils ne sont pas «présidents» ... - ou qui agissent comme des entités permanentes, évidemment avec leurs «propriétaires», plutôt que comme un processus de création d’espaces ouverts, comme «biens communes» qui ne peuvent pas être privatisés. Et nous n'avons pas besoin de parler de la centralisation du pouvoir organisationnel ...

Mais l'effort pour de tels changements est stimulé par de nouveaux mouvements comme le dénommé «printemps arabe», les «indignés" en Espagne et les «Occupy Wall Street» aux États-Unis, parmi d'autres mobilisations qui émergent dans le monde. Ce sont de nouveaux types d'action, mais en fait très proche de l'intuition des promoteurs du FSM, de par leur ouverture, l'organisation horizontale et le respect de la diversité, le désaveu de leaderships, l'apprentissage mutuel. Et aussi par la constatation des limites basique des partis comme une forme unique de participation politique, et de la distance qui sépare aujourd'hui les différents types de dirigeants - au sein des gouvernements, des syndicats et des partis - de la base de la société. Donc ce qui a commencé à se produire dans les «places» du monde est en train de  «ré-inspirer" les expériences du processus du FSM au niveau local.

Il est clair cependant que la lutte pour vaincre le néolibéralisme - premier but du FSM - est loin d'être victorieuse, même si des analyses multiples montrent les difficultés actuelles - que les plus optimistes jugent terminales – pour ce chat à sept vies  qu’ est le capitalisme

 Y compris parce que  le système, après avoir perdu les freins après la chute du mur de Berlin, a envahi tout le monde,  et que sa logique, désagréablement pour nous tous, a capturé jusqu'à la Chine - cette grande redoute «socialiste» avec plus d'un milliard de personnes qui, aujourd'hui, assure, au sein du «marché» mondial, la continuité du système capitaliste, au point que la puissance hégémonique peut changer en son sein.

Dans ce cadre, nous n'avons même pas besoin de parler des risques que l'humanité court de plus en plus  du point de vue écologique: la puissance dominante des oligarchies ne veut en aucune façon arrêter la machine de production industrielle puissante qui - plus que le complexe militaro-industriel, transforme les droits en pouvoir d’achat, exacerbe le consumérisme et le gaspillage qui l’accompagne, et tend à rendre la vie sur la planète Terre impossible.

Il est donc crucial de discuter et de rediscuter en permanence le cours du FSM et la réalisation effective de ses différents objectifs. Au moins dans son Conseil international il y a des gens intéressés à  cela, comme nous pouvons le penser au vu  de la  réception faite à une proposition d'une réunion informelle des membres de ce Conseil, qui seraient à Porto Alegre, en tant que participants au Forum social thématique en Janvier 2012. Nous sommes certainement proches d'une nouvelle étape dans le processus du FSM.

Comment continuer?

Certes, il n’est pas question de modifier la Charte des Principes du FSM, qui a été ce qui a permis des progrès accomplis dans le processus. Ses préceptes sont adoptés par les nouvelles mobilisations qui se posent dans le monde, qui sont d'autres types d’«espace ouvert». La charte est aussi en accord avec ces nouveaux «espaces» quand elle dit que dans les Forums sociaux, il n'y a pas de place pour des «luttes de pouvoir» ou pour des  «déclarations finale» cherchant à systématiser, de haut en bas, des positions qui seraient celles de tous les participants. La même chose se produit avec d'autres directives adoptées dans la pratique du  processus, comme l'ouverture préférentielle de nos espaces aux activités auto-oganisées par les participants, ou comme lorsque nos organisateurs décident de s'appeler «facilitateurs» pour éviter toute confusion avec des fonctions de direction.

À mon avis cependant cette nouvelle étape doit être marquée par un changement radical dans la manière d'organiser nos évènements et de communiquer avec le monde.

Un premier changement radical est dans la finalité de chaque rencontre. Nous sommes ravis de participer à chacune de celles ci, comme il est démontré par leur caractère festif et joyeux, construit par la confiance et la volonté d'entraide. Cependant, ce sont des rencontres avec nous-mêmes. Nous rencontrons des gens qui partagent le même désir de changer le monde, comme un grand objectif final, malgré les différences dans nos actions et même dans nos interprétations sur ce qu'il faut faire. Les salutations effusives dans les premiers jours sont typiques de nos rencontres, de la joie de rencontrer des compagnons de lutte. Nous quittons les rencontres avec nos convictions renforcées – nous apprenons beaucoup de nouvelles choses - et sommes encouragés à continuer – nous faisons de nouvelles alliances et de nouveaux projets. Par ailleurs, nous voyons que nous sommes nombreux.

Mais qu'est-ce que pensent ceux qui sont à l'extérieur des clôtures de nos «espaces ouvert»  - parfois nous avons été obligés de nous séparer de manière efficace du monde par «clôtures» surveillées et contrôlées ... Nous sommes convaincus de la justesse de nos vérités. Mais qu'est-ce que pensent de ces vérités ceux qui ne participent pas de nos Forums ou de nos luttes? Une chose est certaine: compte tenu de leur choix dans les élections dans nos pauvres démocraties représentatives, il semble qu'ils croient en d’autres vérités ... Comment les majorités - manipulées, insatisfaites ou révoltées - voient nos propositions? Ont-elles connaissance de ce que nous avons eu le privilège de connaître sur les mécanismes qui gouvernent le monde, sur les moyens utilisés par les puissants pour exploiter les êtres humains et la Terre Mère, sur les causes des guerres qui tuent des millions, sur les spéculations millionnaires avec l'argent et avec la nourriture? Etc, etc, etc ..

Dans un article que je viens d'envoyer à des gens proches du Forum social des Etats Unis, au sujet du mouvement nord-américain "OCCUPY Wall Street", qui a créé l'image de "nous sommes les 99%, vous êtes les 1%", j'ai écrit les éléments suivants:

Premièrement, nous ne sommes pas 99% contre 1%. Ceux qui ont déjà le courage de parler sont nombreux, mais peut-être plus ou moins 1%, contre 1% qui contrôle et exploite le reste du monde. Comparons les chiffres: quand 15 millions de personnes se lèvent partout dans le monde en Février 2003 contre la guerre et l'invasion de l'Irak (notre plus grande manifestation, "la plus grande dans l'histoire humaine", selon le Livre Guinness des Records ... qui nous a donné le sentiment d’être très forts), nous étions 0,25% de la population mondiale. Le plus grand FSM rassemble 150.000 personnes: 0, 0025% de la population mondiale ou 0,1% de la population brésilienne (et nous n'étions pas seulement des Brésiliens à  Porto Alegre en 2005 et à Belém en 2009 ...). Quelle est la proportion entre les participants au forum des USA et la population américaine? Et que dire de la somme des personnes participant a tous les mouvements  « occupy »  dans tous les États-Unis? Ce serait bon si on pouvait avoir de meilleurs chiffres ...

Deuxièmement, et c'est là notre problème: nous sommes en fait (dans le processus du FSM et dans les luttes Occupy) en train de parler seulement entre nous. C'est à dire, nous parlons entre des personnes qui sont déjà convaincues de nos propres messages.

Ce raisonnement me conduit à dire que nous devons changer notre stratégie. Nous devons nous tourner vers les 98% (si ceux qui contrôlent le monde sont vraiment 1% et nous arrivons à 1%). Je dis cela en pensant non seulement à nos forums sociaux (aux Etats-Unis naturellement, et ailleurs), mais aussi aux mouvements «occupy» et «indignés".

Si nous ne le faisons pas, ils continueront d'élire des gens pas très bons et ils continueront à accepter ce que ces gens décident de nos vies. Ou ils continueront, comme des moutons, supposés heureux, de contribuer en tant que consommateurs insatiables à faire tourner de plus en plus rapidement la machine de production industrielle (construite de toutes les manières possibles et dans tous  les lieux et ayant besoin de tous les types d'énergie et de moins en moins du travail humain ...) de faire de l'argent qui figurera dans les ordinateurs de Wall Street.

 Nous savons qu'une bonne partie de ce 98% est seulement en train d’essayer de survivre, ou n’a même pas la force physique pour protester, qu’un autre bonne partie est heureuse avec les progrès technologiques incroyablement rapides de ses biens et équipements de confort et de ses gadgets, et qu’une partie (quelle est sa taille?) est insatisfaite ou préoccupée par des questions comme la justice sociale ou l'environnement et par les perspectives de ce qui se passe dans le monde.

Notre plus grand défi est de savoir comment nous tourner vers au moins cette dernière partie.

Comment?

J'ai cherché ensuite à répondre à la question difficile sur le «comment»:

Nous devons continuer à organiser des rencontres belles et enthousiaste où, d'une façon très démocratique et auto-organisée, nous venons dire ce que nous faisons, pour savoir ce que font les autres, décider de protestations, d’actions de désobéissance sociale, de manifestations. Cela est bon et nécessaire, pour construire l'union qui nous donnera la force dont nous avons besoin.

Néanmoins, ce que nous avons aussi à faire, aussi vite que possible, est de rendre la partie insatisfaite et préoccupée des 98% consciente des mécanismes économiques et politiques et des comportements qui expliquent leur mécontentement et leurs préoccupations. En outre, nous devons les amener à faire confiance dans leur (notre) capacité à changer le monde.

Nous ne pouvons pas le faire à travers les médias, toujours fermés à nous ou en train de  déformer ce que nous disons. Nous devons les rencontrer, parler avec eux, pour leur donner l'information qui nous a déjà convaincus qu'un «autre monde est non seulement possible mais nécessaire et urgente". Organiser des rassemblements ou d'autres types d'actions ayant ces objectifs demande de la créativité. Cependant, nous sommes maintenant aidés par le bon vent venant des mouvements « occupy ».

Si donc nous arrivons à être vraiment 1%, nous serions, en considérant les chiffres d’aujourd'hui, avec un moitié de personnes adultes, 35 millions de personnes dans les rues, et si  on était 10%, ce serait 350 millions de travailleurs, consommateurs, électeurs, citoyens ... Pourrait-on alors changer le monde?

Dans un autre article, dans lequel j’ai «rêvé» de ce que les "indignés" de l'Espagne pourraient faire, j'ai écrit:

J'ai vu les "indignés" de nombreux endroits fermer leurs campement. Ils n’abandonnaient pas ce qu'ils faisaient, mais changaient leur stratégie. Ils ont considéré qu'ils étaient de plus isolés du reste de la société. Les gens hors de leurs campements avaient quelques difficultés à les comprendre. Les médias au service du pouvoir dominant, répandaient partout, des doutes sur ce qu'ils avaient vraiment l'intention de faire, les présentant comme incapables de donner des réponses aux problèmes qu'ils soulevaient, comme si ils étaient de jeunes utopiques sans engagement avec la réalité. Il était alors facile de commencer à les accuser d'être des chômeurs, des gens paresseux. Et d'être des émeutiers et des junkies. Les gens en dehors des campements ont commencé à voir ceux des campements comme des êtres étrangers et indésirables dans le coeur de leurs villes. Il y avait même des gens poussant d'autres personnes indésirables, les «sans abri» dans les campements. Ainsi, la société a commencé à accepter la répression visant à les expulser, même par la violence (...).

Beaucoup de ceux qui étaient venus sur les places commençaient à se lasser, car de nouvelles difficultés se levaient, comme le froid et la pluie. Les conférences et les discussions qui avaient lieu pouvaient être intéressantes, de même que les découvertes qu'ils faisaient, comme l'apprentissage de l’auto-gestion, la solidarité croissante, mais ils ont vu combien il était difficile de garder leurs campements indéfiniment, même lorsque la répression n'était pas a les pousser hors des places .

De la place centrale à la guérilla civique.

Ils ont alors décidé de commencer une nouvelle phase de leur lutte qu'ils ont appelée «guérilla civique».

Ils ont commencé à avoir des assemblées générales tous les quinze jours, le week-end, dans différents endroits de la ville. (...) Ces assemblées générales durent une matinée ou un après-midi. Elles ont d'abord été l'occasion de se rencontrer d'une manière plus festive. La raison principale était cependant d'échanger des idées et des informations sur les places où ils iraient tous,  à la fin de semaine suivante, développer, dans le même temps, mais d'une manière décentralisée, des activités qui jusque là avait eu lieu dans le campement.

 Le week-end suivant ils se dispersaient dans la ville, chaque « indigné » choisissait librement la place dans lequel il voulait aller. Ainsi, ils ont répandu leur présence dans toute la ville, en autant de places différentes que possible, ce qui entravait l'action de répression.

Dans ces places se passait alors quelque chose de similaire aux Forums sociaux locaux: conférences, ateliers, débats, représentations théâtrales, musique, danses, visionnage de films, chaque activité étant préparée par les "indignés" qui l'avaient proposée et qui amenaient le matériel nécessaire pour la réaliser. Dans de nombreux endroits, des garderies étaient préparées pour tenir occupé les enfants avec des activités éducatives.

Pour préparer ces activités, les « indignés » avaient déjà contacté des intellectuels et des militants qui pourraient mieux expliquer un bon nombre de choses, ainsi que des mouvements, associations et ONG pour expliquer ce qu'ils faisaient, et les nouvelles idées qu'ils proposaient et expérimentaient comme la façon d'organiser l’économie, la politique et la démocratie. Ils avaient également invité des personnes à donner des témoignages de leur vie et des luttes, ainsi que des auteurs de films, pièces de théâtre et des chansons à venir les présenter et en discuter sur la place.

Beaucoup allaient pendant la semaine  dans le quartier où ils développaient des activités et visitaient ses résidents. Dans ces visites, ils expliquaient pourquoi ils étaient arrivés à cette place, pourquoi ils s’appelaient "indignés", quelle était l'utilité pour ces résidents de ce qui se passerait sur la place. Ils parlaient avec eux de tout ce qu'ils pensaient qui n'allait pas bien dans leur quartier, dans le pays, dans le monde.

Montrant que les choses pourraient être changées, ils cherchaient à susciter en eux la lumière de l'espoir "qu'un autre monde est possible et même nécessaire et urgent". Et les invitaient à assister aux activités dans la place, à connaître et à réfléchir sur les solutions existantes pour les problèmes qu'ils vivent .(...)

C’était la grande différence avec les forums sociaux locaux du FSM: les activités étaient  principalement dirigées vers les habitants du quartier et pas seulement vers les compagnons dans la lutte.

Université Ouverte

Dans mon rêve, j'ai vu la multiplication de ces réunions de quartier, dans toute la ville, avec une grande variété de thèmes et de questions soulevées. Il y avait des conférences et des ateliers sur le fonctionnement pervers d'une économie mondialisée et sur l'utilisation de robots aujourd'hui pour décider où investir dans les bourses, en détruisant les économies nationales de manière irresponsable. Il y avait des pièces de théâtre dénonçant la façon dont la spéculation immobilière fait qu'il est impossible de résoudre le problème du logement de tous. Il y avait des débats sur la façon dont le système capitaliste cherche à résoudre ses crises, faisant toujours en sorte que les plus pauvres paient, et comment, dans la logique de ce système, tout - même la vie, le corps, les maladies de personnes - était transformé en moyen de gagner de l'argent . Il y avait  des débats sur la nécessité, aux élections, de toujours choisir le meilleur candidat, et sur la façon de se réunir avec d'autres pour savoir qui serait le meilleur. Et sur la nécessité, une fois le candidat élu, de continuer à surveiller ses activités et même l'aider, plutôt que de l'abandonner au milieu des loups pour être mangé par les loups, ou pour devenir aussi un loup. Des Films didactiques étaient projetés pour montrer comment le consumérisme et son exacerbation faisaient tourner plus vite la machine de production industrielle de trucs moins en moins durables, produisant des déchets et  consommant plus en plus de ressources naturelles, exigeant de plus en plus d'énergie, de  plus en plus polluante pour la planète. Et comment les consommateurs conscients et organisés peuvent arrêter cette machine infernale. Il y avait des discussions sur le fait que nous devons respecter la nature et vivre en harmonie avec la Mère Terre et avec les autres êtres humains. Il y avait des explications sur les biens communs et pourquoi ils ne peuvent pas être privatisés. Il était montré qu'il est possible d'avoir des monnaies alternatives pour les échanges, nous libérant de l'esclavage dans lequel l'argent et la poursuite de l'argent nous poussent. Il y avait des démonstrations de moyens de locomotion alternatifs, et la présentation de l'énorme quantité de ressources publiques qui sont investies dans de grands travaux pour faciliter le transit des voitures, au détriment des transports collectifs, tandis que, inversement, de plus en plus de voiture étaient mises au sein les villes. Des documentaires montraient les luttes qui avait eu lieu contre l'injustice et l'inégalité, et les conditions de vie dans les pays pauvres alors que les investisseurs spéculent avec les prix alimentaires et que, dans les pays riches de grandes quantités de nourriture sont jetées, ou sur les raisons pour lesquelles les pays pauvres sont plus pauvres , sur les tragédies vécues par les immigrants, sur les dangers qu'ils courrent en cherchant à atteindre les pays riches et sur le nombre de décès parmi ceux qui essaient de le faire. Il était expliqué comment il était possible de réagir aux absurdités du système économique dominant, en les contestant par la désobéissance civile ou d'autres types de résistance. Et pourquoi les réacteurs nucléaires pour produire de l'énergie etaient le moyen le plus dangereux de réchauffer de l'eau et produire de la vapeur pour faire tourner des turbines. Ou quel genre de risque nous léguons aux générations futures avec les déchets atomiques. Il était discuté pourquoi et comment la corruption est en hausse, au sommet des structures du pouvoir et des richesses, ainsi que la voracité et l'ambition des puissants. Et il était dit quelles luttes étaient en cours dans la ville, nécessitant la solidarité, et quels étaient les objectifs des mouvements sociaux existant dans le pays et dans le monde. Il était présenté les alternatives existantes pour que la richesse d'un pays ne soit plus mesurée par le PIB, ainsi que les pièges dans lesquels les pays entrent quand ils ont mis comme objectif national la croissance économique pure, et ce qui peut être effectivement considéré comme une richesse. Ces exemples et bien d'autres sujets d'intérêt local, national, ou mondial, étaient portés et discutés lors de ces rencontres.

Tout cela se passait alors que les gens se déplaçaient, comme cela se produit dans les Forums sociaux, entre des affiches, des expositions et des projections de photos, dessins, textes et témoignages sur ce que nous avons besoin de savoir pour être des sujets de nos destins. Au même moment de plus petits groupes se réunissaient pour mettre au point le lancement d'initiatives et de mobilisations dans le quartier et dans la ville, et réfléchir sur les moyens d'action qui pourraient améliorer rapidement les problèmes quotidiens des gens.

Le nombre et la richesse des informations transmises étaient si grands que les nouvelles de ces rencontres ont commencé à se répandre, et les habitants de différents quartiers ont commencé à participer à des rencontres dans d'autres quartiers que le leur, et à demander aux "indignés" d'organiser des rencontres de ce genre dans leurs propres quartiers. Et ils ont commencé à accueillir ceux qui viennent dans leur quartier, leur offrant de quoi manger, des vêtements chauds et des espace pour répondre aux besoins d'hygiène, ou  l'ouverture de leurs garages pour de petites activités. Progressivement aussi les associations, les mouvements locaux et nationaux, et les ONG ont également commencé à chercher les "indignés", leur demandant une occasion de présenter à plus de gens ce qu'ils expérimentaient et les innovations qu'ils cherchaient à introduire dans la vie en ville pour améliorer la vie des gens.

Dans un court laps de temps, j'ai vu presque toutes les places des villes devenir, tous les 15 jours, des universités ouvertes où tous ceux qui voulaient pouvaient venir apprendre et enseigner, et chercher à comprendre ce qui se passait dans le monde et dans leurs villes, et à redécouvrir le sens de leur vie. C'était comme une vague forte qui couvre tous les coins et recoins, dans une atmosphère de grande joie. Et j'ai vu le début d'un rapprochement entre «militants» et les habitants, surmontant les préjugés et les institutions discréditées et faisant disparaître la séparation entre l'activité politique et la vie quotidienne.

Ce que j'ai vu se passe dans ces places était évidemment un rêve. Mais le changement vraiment radical dans nos méthodes, que la poursuite, l'expansion et l'enracinement du processus du Forum Social Mondial exige, nous demande peut-être de rêver.

Le défi de la communication

D'autres changements seront nécessaires à cette nouvelle façon de voir nos rencontres du FSM à tous les niveaux. Par exemple en ce qui concerne la communication, nous devons cesser de nous angoisser devant la difficulté de briser le blocus des médias de masse , tout en  ne pouvant nous  satisfaire de la mobilisation de nos médias alternatifs. Si nous voulons commencer à "parler" avec le reste de la société, nous devons commencer à utiliser plus systématiquement les outils qui existent aujourd'hui pour l'intercommunication gratuite horizontale. Nous avons aussi à utiliser plus intensément et plus largement d'autres médias comme le cinéma, radio, théâtre, musique, peintures, publications.

Nous avons aussi à penser différemment les manifestations avec lesquelles nous commençons traditionnellement nos forums. Elles ont en général le caractère d'une démonstration de notre force, des positions que nous avons, des changements que nous voulons. C'est presque une auto-affirmation de nous-mêmes, pour marquer nos positions. Elles poussent même à une petite compétition entre nous sur l'originalité de chacun et sur la force que nous sommes capables de montrer. La majorité de ceux qui ont l’occasion de nous voir, depuis les fenêtres de leurs maisons le long de notre route, ne savent pas toujours – et comprennent encore moins - ce que nous voulons réellement. Ou si ils le savent, ils ne savent pas pourquoi nous le voulons. Beaucoup préfèrent fermer les fenêtres, car nous arrivons à être très bruyants ... Et peu ou rien ne change dans la conscience de ceux qui ne ferment pas leurs fenêtres ...

Une dernière provocation

Si je peux, je voudrais faire encore une provocation - puisque ce texte peut être considéré comme une simple provocation ... Dans la discussion sur l'avenir du FSM, comment assurer la continuité du Forum mondial quant au travail de ses «facilitateurs» ou tout au moins «animateurs»? Ce rôle a incombe pendant un certain temps aux Brésiliens qui ont commencé le processus. Etant sortis du Brésil, les FSM ont commencé à être «organisés» par des «animateurs» des pays où ils se déroulaient. Mais il y avait toujours une présence de «Brésiliens» dans une sorte de soutien, compris par beaucoup comme une volonté de garder un pouvoir supposé, mais qui résultait de demandes des «facilitateurs» locaux.

Dans sa première phase, le FSM a résulté d'un tandem Brésil-France, qui a commencé à s'estomper au fil du temps. D'autre part, les «Brésiliens» récoltent les fruits des articulations nées dans le processus du FSM et sont occupés de manière plus intensive à elles, ce qui entrave la continuité d'une mission d'animation qui doit se répandre sur la terre aujourd'hui bien loin de leurs frontières et justifierait qu'on leur donne un repos ...

Ne serait-il pas temps de créer un nouveau tandem, avec des énergies nouvelles, par exemple entre le Maghreb et le Canada? Le premier est dans une zone d'expansion du processus du FSM, et à côté de différentes versions d’"indignés", et le second dans un pays où se sont réalisés des Forums sociaux avec succès et qui est à côté du pays des «occupy» et d’un Forum social national avec une grande base sociale.