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Lettre sur le contexte du FSM13 janvier 2012

Sommaire

1-L’incertitude politique. 1

2-le flou conceptuel et perceptions de la mondialisation néo libérale. 4

3-la faiblesse des mouvements sociaux. 5

4-Sommes nous face à des perspectives bloquées pour le FSM 2013?. 6

 

 

En juillet 2011, Chico Withaker posait la question lancinante « And now, the World Social Forum »?

Quelques mois avant lui, Gus Massiah posait les jalons des 12 travaux d’Hercule du mouvement alter mondialiste avec le texte « Les douze hypothèses d’une stratégie altermondialiste » qui viennent renforcer les trois défis auxquels le FSM a été, et reste confronté, à savoir, l’ancrage populaire, l’élargissement géographique, culturel et social, l’approfondissement au niveau conceptuel et politique qui passent nécessairement par la déconstruction des schémas classiques de la gauche traditionnelle tout en réaffirmant que les acteurs du processus du FSM s’inscrivent dans la continuité du mouvement de libération.

C’est dans cette optique que nous avons travaillé au niveau de la région du Maghreb avec une forte volonté d’élargissement sur le Machrek et en tenant compte d’une des critiques fondamentales à l’égard des Forums qui est le manque d’articulations avec des actions concrètes liées aux problèmes vitaux des populations.

C’est aussi dans cette optique, et bien avant les révoltes et révolutions dans la région que nous avons insisté pour la tenue du CI du FSM en Mai 2009 qui a consacré cette région comme une région stratégique. Les bouleversements qui ont suivi cette décision ont montré la pertinence de ce choix.

Nous n’avions pas prévu de tels bouleversements, mais nous avons mis toute notre énergie sur la Tunisie et l’Egypte, en créant un élan de solidarité et de renforcement du mouvement ouvrier du Bassin minier de Gafsa et en travaillant au rapprochement et à la convergence du mouvement social en Egypte.

C’est aussi dans cette perspective que nous avons, lors de la réunion du CI à Paris, lancé le défi d’organiser le prochain Forum Social Mondial dans un des pays de la région, mus par l’enthousiasme des révolutions et l’explosion, dans des espaces libérés, de nouveaux mouvements et réseaux sociaux et convaincus de la nécessité d’enrichir le processus du FSM.

Toutefois, portés par l’enthousiasme, nous n’avons pas évalué à leur juste dimension les difficultés auxquelles nous serions confrontés :

-       L’incertitude et l’arbitraire politiques dans la région : la chute des dictateurs n’a pas sonné le glas de la chute des dictatures, sans compter que dans l’explosion, ont surgi de nouveaux monstres

-       Le flou conceptuel tant au niveau de l’esprit de la Charte de Porto Alegre, que de la raison d’être des forums sociaux, leur finalité, mais aussi une nouvelle manière d’appréhender les FSM et le rôle politique des mouvements sociaux dans leur relation aux élections, aux partis politiques, à l’Etat…

-       La faiblesse organisationnelle des mouvements sociaux

 

1-L’incertitude politique

Globalement la région est secouée par la violence, la violence des Etats et la violence des protestataires. Déjà la Libye a ouvert la voie vers la guerre civile, la Syrie, le Yémen, le Bahreïn ont basculé vers la violence et la lutte armée.

La révolution en Egypte n’a pas eu lieu. La recrudescence des protestations pour sauver les acquis de la révolution n’a pas tranché en faveur du retrait du pouvoir militaire qui continue à dominer le champ politique.

Les élections, comme moyen démocratique de l’expression de la souveraineté populaire ont relevé de graves paradoxes, dont et non le moindre, celui que les élections qui ont suivi le dénouement des révoltes dans la région ont consacré la victoire des partis islamistes en Tunisie, au Maroc et en Egypte. En Libye, la première déclaration du Conseil National Provisoire en Libye a été d’affirmer le retour à la chariaâ, à la loi coranique. Les révolutions et révoltes ont commencé par une faible participation des groupes islamistes et ont été essentiellement le fait de nouveaux mouvements sociaux de jeunes qui ont été au centre des luttes des populations pour la justice sociale, la dignité et la liberté durant les dernières décennies. C’est d’autant plus paradoxal que les mouvements islamistes ont toujours refusé, pour la plupart, de reconnaître les principes de la démocratie institutionnelle et la participation aux élections. Ils ont montré leur capacité d’adaptation à la démocratie représentative comme instrument d’accès au pouvoir.

 

Le fait n’est pas nouveau. En 1991, en Algérie, lors du premier tour des législatives le FIS obtient 188 sièges sur 231, soit près de 82%, et 25 sièges pour le FFS. La suite, avec l’interruption du processus démocratique, par les militaires, l’Algérie et le peuple algérien continuent à en subir les dramatiques conséquences avec plus de 200.000 morts dans un conflit qui perdure.

Ce fait n’est pas isolé, le Hamas qui s’est longtemps cantonné dans une position de rejet des élections, remporte aux élections 2006 la majorité absolue.

Le système verrouillé au Maroc, n’a pas permis le « raz de marée » des islamistes annoncé par la presse occidentale mais on ne peut en dire autant pour l’Egypte où les deux partis islamistes ont remporté la majorité absolue. Malgré les assurances de respect de la démocratie et des droits de l’homme par le parti Ennahda en Tunisie, se profile l’ombre d’un danger de confrontations violentes avec les salafistes (voir leur attitude à l’Université et la terreur qu’ils ont imposée dans un village du côté de Bizerte).

Il ne s’agit nullement de remettre en cause le respect des résultats des urnes qui restent une forme d’expression de la démocratie quand ils sont respectés, libres et transparents. Le mouvement social durant toute cette décennie s’est fixé comme objectif de développer un nou­veau concept et une nouvelle pratique de la dé­mo­cratie et particulièrement, la lé­gi­ti­mité de mo­dèles al­ter­na­tifs à la démocratie par­le­men­taire et ce, d’autant plus que des millions d’électeurs ne participent pas aux votes ce qui affaiblit la légitimité des institutions qui en émanent. Nous n’avons pas pu développer ces modèles alternatifs sur le terrain et nous sommes plutôt enclins à boycotter les élections laissant le champ libre aux détracteurs de la démocratie et aux mafias électorales.

Nous ne pouvons non plus prétendre que la démocratie profite aux adversaires de la démocratie. La démocratie est sans restriction aucune, la reconnaissance de la pluralité et de la compétition des forces en présence, en toute liberté et transparence pour la légitimité populaire. Il est clair aujourd’hui que l’adaptabilité des groupes islamistes aux normes de la démocratie représentative, leurs victoires électorales, les mettra nécessairement dans le seul choix possible qui leur reste en cette période de crises sociales et financières, à savoir un discours moralisateur et des mesures de restrictions au nom de la religion, mais dans le cadre d’un ultra libéralisme, qui évitera les erreurs des gouvernants précédents en matière de moralisation de la vie publique, ce dont s’accommodera l’Occident.

Les gouvernements islamistes en place (au Tunisie et au Maroc, auxquels il faudrait ajouter la Libye) ont réitéré leur respect des accords internationaux qui incluent les accords avec l’UE et l’accord de libre échange avec les USA. L’interventionnisme occidental n’a fait que renforcer cette tendance qui repose en plus sur la conception de  « L’intégration politique de mouvements islamistes par le biais d’élections démocratiques ».

Comme pour la chute du mur de Berlin en 1989 qui a déclenché la dislocation des autres murs et a ouvert la voie à la suprématie des néo conservateurs et du libéralisme sauvage, les révolutions ont déclenché la victoire des islamistes et cette phase ouvre une nouvelle ère de batailles acharnées pour les libertés publiques, collectives et individuelles, ainsi qu’une bataille acharnée sur les modèles économiques.

Mais, quoiqu’il en soit, personne ne peut arrêter l’élan des peuples pour la liberté, la dignité, la démocratie et la justice sociale. La peur, installée par la terreur et la violence des Etats, est surmontée. Seule l’interprétation de ces aspirations est en jeu et seuls les rapports de force, et partant des alliances politiques dans un champ éclaté, vont déterminer l’issue de l’interprétation et la concrétisation de ces aspirations.

Par ailleurs ce mouvement, renforcé par la crise en Europe et en Amérique, a déclenché les protestations des indignés de part le monde et nous met devant de nouveaux paradigmes politiques et devant la nécessité de revisiter nos stratégies et notre manière de travailler au-delà de ce qui est perçu comme une grande « messe » des alters.

Nos amis égyptiens, par la lettre qu’ils adressent au CI, ont voulu nous rapprocher de ces difficultés politiques et de cette incertitude. Un travail remarquable a été fait depuis la rencontre de Mai 2009 à Rabat en termes d’élargissement, d’approfondissement de la réflexion et en termes de mobilisation. Un travail remarquable est en mouvement en Egypte avec la création des comités populaires, des comités de quartiers…

Nous sommes dans une phase similaire à celle vécue en 2005-2006 lorsque nous avons postulé pour l’organisation du Forum Polycentré au Maroc. Nous restons assujettis à l’arbitraire de la décision politique des pouvoirs qui n’ont pas fondamentalement changé, avec des nuances pour la Tunisie qui garde, malgré tout, une certaine dualité du pouvoir. La machine policière, militaire et répressive qui a maintenu les dictatures et les systèmes autoritaires en place durant 50 ans n’est pas démantelée. L’incertitude est encore plus grande en Egypte et les velléités sécuritaires chez le pouvoir en place l’emportent sur le choix de l’ouverture démocratique. Pour les autorités égyptiennes tout rassemblement peut générer ou dégénérer en mouvement de protestations et de contestations et d’instabilité politique qui ne permet pas la relance économique et le rétablissement de la confiance des investisseurs et des touristes d’un monde occidental lui-même en crise. Il est clair, dans les conditions actuelles, et il est difficile d’anticiper, que les militaires ne permettront pas un rassemblement aussi subversif que le FSM.

La crise en Occident aggrave l’incertitude du Sud : la Grèce, l’Italie, l’Espagne, la France, la zone euro, sombrent dans une grave crise financière, dont on ressent et on ressentira encore les effets pour les années à venir.

Parmi les premiers à subir la crise, seront certainement les quelques 8 à 9 millions de maghrébins à l’étranger avec un impact direct sur le transfert des fonds vers les pays d’origine. En 2005, les migrants en Europe ont envoyé 14 milliards d’euros vers leurs pays d’origine. Ainsi, en 2009, selon le département de la Population de l’ONU, l’Algérie a reçu 2.120.000.000 dollars de transferts de fonds, l’Egypte 7.656.000.000, le Maroc 6.730.000.000, la Tunisie 1.716.000.000, sur un total de 300 milliards de dollars annuels de transferts de fonds, ce qui constitue un poste important dans la balance des paiements et le PIB des pays du sud.

La menace d’une attaque contre l’Iran par le bloc USA-Israël ne fait que renforcer l’incertitude et les risques d’embrasement de la région avec les conséquences sur le plan social et économique et rien ne prélude d’une résolution du conflit israélo-palestinien dans un proche avenir.

Enfin, les révolutions et insurrections dans la région sont marquées par la dimension de conflits interconfessionnels (doublés de conflits ethniques et tribaux), au sein du corpus islamique (sunnites et chiites), entre musulmans et chrétiens (les évènements tragiques en Egypte) et entre juifs et musulmans dans le conflit israélo-palestinien avec leurs prolongements d’appuis et d’interférences des pays du Golfe, de la Turquie, de l’Iran, des américains, des européens, de la Ligue Arabe, de l’OTAN, et les tergiversations des Etats du bloc du refus face aux crimes de Khaddafi d’abord et de Assad aujourd’hui.

 

2-le flou conceptuel et perceptions de la mondialisation néo libérale

Quand nous relisons la genèse des Forums sociaux, nous sommes plus frappés par la simplicité avec laquelle cette idée géniale a été mise en place, et il est clair que l’environnement démocratique y est pour beaucoup, mais il relève plusieurs clivages entre notre perception des forums et celle qui prévaut en Occident et en Amérique Latine.

Voila dix ans que nous sommes dans ce processus, depuis le premier forum social Maroc en 2002 et nous peinons à y installer cet espace de convergence du fait des systèmes autoritaires et dictatoriaux qui prévalent dans la région et qui nous acculent soit à travailler dans la clandestinité, soit  dans l’exil et dans les meilleurs des cas hors cadre légal, tantôt réprimés tantôt tolérés dans des espaces sous contrôle. C’est là le premier clivage dans un processus qui présuppose l’accord des autorités qui hébergent le FSM.

Dans ces conditions, il va de soi qu’un espace tel que le FSM n’est intelligible que dans la mesure où il est le lieu de convergence des forces qui sont réprimées par les forces de l’Etat, quels que soient leurs fondements idéologiques et sans considération de la nature organisationnelle (partis ou Ongs…), ce qui rend l’adhésion à la Charte de Principes du FSM difficilement intelligible, assimilable et respectée : ce fut le cas lors du lancement du FSTunisien qui a été perçu comme un espace de rassemblement de la gauche partisane et non partisane,mais aussi des islamistes de Tunisie ; c’est le cas du FS Syndical Maghrébin en Algérie, qui, face à l’interdiction du gouvernement algérien s’est tenu dans le local d’un Parti politique ; c’est le cas de la présence de partis politiques ès qualité dans les réunions en Egypte. Le fait de proclamer et d’essayer de veiller à faire de l’espace du FSM et du processus tout entier un espace et un processus qui exclut les partis en tant que tels, pour sauvegarder son autonomie, sa diversité, son ouverture et le prémunir des enjeux de pouvoirs et leur pendant, des velléités d’hégémonie de la part de courants politiques qui n’ont pus se défaire de leur idéologie « avant-gardiste », de leur culture bureaucratique…, nous met d’emblée dans une situation de conflit avec la gauche qui nous accuse de légitimer une démocratie de façade au lieu de faire du FSM un organe de lutte contre le pouvoir. [1]

3ème clivage, c’est qu’il est difficile de prévoir un espace dans ces conditions, qui ne sort pas avec des déclarations et des positions politiques qui condamnent les régimes en place et qui ne s’articule pas avec des actions de changements et d’enjeux de pouvoirs.

Dans ce contexte et partant de la perception de la fonction et la mission du FSM, la question essentielle du FSM, à savoir la crise systémique du capitalisme et du néo libéralisme, est faiblement prise en compte. Cette situation pourrait s’expliquer par la cohabitation de systèmes politiques et économiques dont souffre le capitalisme et les néo libéraux qui aspirent à une libération sauvage du marché dans un système dominé par une oligarchie qui cumule les pouvoirs politiques et économiques et privatisent, du fait de leur position dans le pouvoir, les biens publics pour leur intérêt personnel et familial. 

Au-delà des difficultés liées à la liberté de circulation et l’obtention des visas, les manifestations et sommets mondiaux qui portent sur le G20 (que peu connaissent), sur l’urgence climatique (dont la problématique reste cantonnée dans les enceintes des université et des experts)…, ne constituent pas l’élément mobilisateur et c’est fondamentalement la question sociale (chômage, accès aux services de base : santé, eau, électricité, justice, écoles…autant de secteurs qui sont soumis au processus de privatisation des services publics au profit d’un capitalisme impitoyable) qui constitue la porte d’entrée vers les systèmes politiques et la démocratie.

De ces faits, et contrairement à ce qui prévaut ailleurs au sein des mouvements sociaux, nous ne sommes pas en phase d’épuisement du cycle des forums sociaux, mais en phase d’initiation, de consolidation et que tout reste à faire, certes, dans des conditions politiques, sociales, économiques et financières et sécuritaires critiques.

 

3-la faiblesse des mouvements sociaux

Malgré le dynamisme des mouvements sociaux dans la région, force est de constater leur faiblesse due à :

-       la fragmentation due soit aux clivages politiques qui reproduisent les conflits inter-partisans, soit à des approches thématiques et sectorielles (mouvement des femmes, handicaps, économie solidaire…) qui maintiennent, les mouvements associatifs particulièrement, dans un cloisonnement et un refus de s’inscrire dans des approches globales et systémiques, autre que celles liées à leur « secteur ». Au Maroc, par exemple, le mouvement des diplômés chômeurs, un des mouvements les plus puissants en matière de nombre, de stratégie offensive, d’actions suicidaires, se limite à la revendication de l’intégration dans la fonction publique… La question fondamentale de l’égalité hommes-femmes, les mobilisations qu’elle a suscitées, a été polluée, parfois instrumentalisée par les pouvoirs dictatoriaux et autoritaires pour faire contrepoids aux mouvements islamistes, ce qui a contribué à isoler un des mouvements structurant du projet sociétal démocratique. Les syndicats sont, soit inféodés au système politique dominant (Tunisie, Algérie, Libye,  Egypte…) soit sont peu implantés dans les secteurs industriels (Maroc, Mauritanie…) du fait aussi d’une forte dominance de l’économie informelle (estimée à près de 70% au Maroc).

-       La politique gouvernementale et celle des institutions internationales et autres intervenants financiers privilégient cette fragmentation par l’adoption de lois spécifiques ( micro-crédit, les groupements d’intérêt économique, une loi spécifique à l’enseignement non formelle, contrôle du système coopératif…), et par les financements qui renforcent ce compartimentage et transforment certaines associations en prestataires de service pour les soumettre à la stratégie d’intégration dans le marché.

-       Il va de soi que la répression, la violation des droits et du droit associatif particulièrement, n’ont pas permis un développement libre et autonome de la société civile. Ce qui ne veut pas dire, que ces mouvements n’ont pas développé une stratégie pour le changement. Au Maroc, les changements que le pays a connus (réforme du statut personnel, reconnaissance des droits culturels et de la langue amazigh, les nouvelles approches du développement, la question de la lutte contre l’impunité, la justice transitionnelle, la réconciliation, la réparation individuelle et communautaire, la lutte contre la corruption…) sont le fait indéniable de la société civile face à des forces partisanes éclatées, affaiblies, et avec un faible ancrage social qui les a emmené à des compromissions politiques où ils ont enterré leur crédibilité. La Tunisie et l’Egypte s’orientent vers cette trajectoire avec l’émergence de nouvelles associations et mouvements sociaux qui investissent  de plus en plus le champ social et politique.

 

4-Sommes nous face à des perspectives bloquées pour le FSM 2013?

Le tableau semble chaotique et sans issue. Et pourtant, il offre des opportunités énormes. Nous sommes dans une période jamais encore vécue depuis le lancement du processus du FSM

a)    Quels que soient les issues, les acteurs, les conflits des révolutions en cours, il ne peut y avoir de retour sur la prise de parole, sur l’initiative, sur les aspirations des peuples à la liberté, la dignité, la démocratie et la justice sociale.

b)    Nous n’avons encore jamais assisté à autant de mouvements sociaux de protestations, de revendications : non seulement les manifestations politiques se maintiennent depuis plus d’une année, elles se veulent et se revendiquent pacifiques et ne dégénèrent en mouvements violents que du fait de la violence des Etats et de l’interventionnisme de l’Occident, mais elles ont élargi et donné un plus fort élan aux manifestations des mouvements sociaux qui, malgré leur caractère corporatiste, mettent l’accent sur la centralité de la question sociale dans le système néo libéral.

c)    L’ensemble de la planète a été secoué par le mouvement des indignés contre l’exclusion, contre l’injustice, contre la crise, contre le chômage, pour de nouvelles formes de gestion des politiques publiques…

d)    Partout dans la région, une jeunesse dite désenchantée par la politique a initié une nouvelle forme d’action politique, et une nouvelle forme et philosophie organisationnelle, mais aussi une nouvelle stratégie de communication qui s’inscrivent pleinement dans la pratique, les objectifs et la philosophie du FSM.

 

Partant de ces considérations, nous sommes confrontés à quatre problèmes :

a)    Le lieu du FSM 2013

Plus que jamais, notre conviction est que la région du Maghreb-Machrek, offre le lieu par excellence du prochain FSM : outre l’intérêt géostratégique, c’est l’unique, peut être avec les USA, qui offre une véritable opportunité d’élargissement politique, géographique et culturel.

Si l’Egypte n’est plus possible, et au regard des possibilités qui restent et qui nécessitent un minimum de stabilité politique pour la tenue du FSM, et comme nous l’avions prévu dans notre plan B, la Tunisie offre les meilleurs atouts de réussite du prochain FSM.

Cela suppose le sacrifice de l’étape prévue initialement du FSMaghreb-Machrek. Il est humainement, politiquement et financièrement impossible de tenir en 5 mois deux forums quelque soit leur format, dans le même pays.

b)    Le format du FSM 2013

Il est important de revoir le format du FSM : viser le quantitatif pourrait être un élément d’échec du FSM. Il s’agit de viser l’impact politique et qualitatif pour le prochain FSM, sans pour autant mettre des mesures limitatives à la participation.

Cela peut prendre la forme d’un FSM Polycentré pour soulager la charge des organisateurs locaux, à moins d’un investissement collectif pour réussir cette étape cruciale, dans un environnement social favorable mais hostile du point de vue institutionnel et risqué du point de vue sécuritaire.

c)    La méthodologie : Il est nécessaire d’ouvrir un débat sur la méthodologie pour recentrer les débats sur des problématiques à même d’ébaucher des réponses aux questionnements qui nous taraudent, mais aussi à trouver les articulations pour des actions communes et mondiales qui confortent les luttes des mouvements sociaux pour la dignité, la démocratie, la justice sociale, la liberté et l’égalité. L’idéal est de pouvoir au terme des quelques jours du FSM, de sortir avec une sorte de livre blanc, noir ou rouge, qui trace les grandes lignes théoriques et pratiques pour la lutte pour le changement démocratique : comment gérer nos rapports en tant que mouvements pacifiques avec les groupes armés ? Comment gérer nos relations à l’islam politique et aux partis islamiques au pouvoir ? Comment gérer notre relation aux partis politiques et particulièrement de gauche ? Quelles réponses donner aux processus électoraux qui sont la forme idéale ( ?) pour résoudre pacifiquement les conflits liés aux enjeux de pouvoirs ? Comment sauvegarder l’esprit de la Charte de principes tout en répondant aux attentes de solidarité et d’engagement dans la lutte pour la démocratie ? Comment initier de nouvelles pratiques politiques et de nouvelles formes de gestion des politiques publiques. Les questions devront certainement être recadrées et structurées autour d’objectifs qui versent dans le renforcement des dynamiques de changement.

d)    Les ressources humaines et financières : il va sans dire que le choix de l’Egypte ou de la Tunisie n’enlève en rien à la nécessité de l’apport humain international à un mouvement qui émerge dans la vie publique « normale » depuis à peine une année et que les ressources financières doivent être à la mesure du défi dans une région qui reste démunie et où la pratique (à changer impérativement) a été une prise totale des participants.

En 2005, lorsque le gouvernement marocain a revu sa position pour la tenue du FSM Polycentré au Maroc, nous avions lancé « le processus continue ». Depuis, bien du chemin a été abattu, nous sommes convaincus que le processus se renforcera par l’étape tunisienne, par l’intégration de la région, et par son adaptation aux défis auxquels nous sommes confrontés.

Il va de soi que si la proposition tunisienne est adoptée, une commission ad hoc devrait être constituée pour avancer dans l’élaboration et les préparatifs avec le mouvement social tunisien et maghrébin et égyptien.

 

Le 23 Janvier 2012